mercredi 22 mai 2013



Danse contemporaine
Rochdi Belgasmi

«  L’Artiste Tunisien n’en finit pas de s’autocensurer »


Les passionnés de danse contemporaine vont enfin pouvoir en apprendre davantage et se mettre à la pratique. C’est Rochdi Belgasmi qui guidera leurs pas.

© Wassim Zaghdane 
 L’un des meilleurs danseurs que compte le pays dispense enfin des cours. Il était bien temps. C’est une occasion  unique qui s’offre aux passionnés comme aux curieux d’apprendre les rouages de cette discipline, de ce langage, de cet art à part entier qui compte des adeptes à travers  le monde depuis la nuit des temps.
Formé à l’ISAD (Institut Supérieur d’Art Dramatique à Tunis). Rochdi Belgasmi est une figure de proue de la danse contemporaine mais aussi de la danse facture dite classique et traditionnelle. Formé au théâtre, il compte également au nombre des premiers marionnettistes académistes tunisiens.
Il a déployé ses talents lors de manifestations culturelles un peu partout dans le monde.
En France notamment, mais aussi en Grèce, en Espagne, au Maroc, en Palestine, au Qatar …etc. Et joué un rôle prépondérant, si ce n’est le rôle principal dans différents spectacles comme «  Mon corps est mon pays » de Hafiz Dhou et Aicha M’barek, «   Nouveau Matin » de Hatem Derbel et Mohsen Ben Nafisa, le spectacle de marionnettes «  Visages de la médina de Tunis » de Habiba Jendoubi. Et bien sûr «  Khira wu Rochdi » de Malek Sebai.

Rochdi Belgasmi, enseigner la danse est un désir, un rêve qui se concrétise n’est ce pas ?
    
  Oui, tout à fait. J’ai répondu positivement à la proposition faite par l’Institut Supérieur d’Art Dramatique d’y enseigner la danse contemporaine.
Et je tiens ici à marquer la différence qui existe entre danse moderne et danse contemporaine.
La danse modern est née aux Etats-Unis et fait l’apologie du corps, alors que la danse contemporaine vient d’Europe et se préoccupe un peu plus de l’environnement dans lequel elle s’affirme. Pour faire simple, disons que la danse américaine est plus instinctive et la danse européenne est plus cérébrale.
Sachant donc que je suis assez  familier des ateliers de danse, de formation et de recherche, l’institut m’a proposé de venir y enseigner la danse.
Et c’est une expérience réellement enrichissante.
C’est également une autre facette du travail d’artiste.
L’artiste de scène se manifeste habituellement à travers ses créations, son travail n’est ce pas ?
Enseigner s’avère être une étape nécessaire pour mon propre épanouissement. Me projeter dans un cadre plus intimiste et communiquer mes connaissances me permet de méditer sur les concepts qui ont régi cette discipline.
Expérimenter son aspect théâtral notamment. Et bien entendu repousser certaines limites physiques et spirituelles.   

Quels travaux vous ont le plus marqué ?

 «  Mon corps est mon pays » m’a énormément marqué.
Hafiz Dhaou et Aicha Mbarek forment un duo très réussi.
Un duo qui a rencontré un succès important  en France et qui a eu l’idée s’associer 7 Tunisiens et 7 Français pour une production scénique. Une expérience inoubliable qui m’a permis de remettre en doute tout ce que j’avais appris jusqu’à là. J’ai découvert l’importance de la non-danse et du non-mouvement. Des concepts très importants. J’ai également appris de travailler sur les émotions, à casser certaines idées reçues pour en bâtir d’autres.
Mon propre  travail «  Transe ». Et la création « Khira wu Rochdi » avec Khira Oubeidallah à travers laquelle j’ai approfondi mes connaissances en danse traditionnelle.

Quelle place occupe l’artiste dans la Tunisie actuelle ?

C’est un secret de polichinelle, en Tunisie, comme partout dans le monde : Les artistes ont du tout temps constitué un véritable danger. Et pour qui est de certaines affaires en cours, le silence complaisant du ministère de la culture est outrageant et les rapports qu’il entretient avec l’artiste et le citoyen deviennent de plus en plus conflictuels.
Et maintenant, plus que jamais, l’artiste tunisien s’autocensure automatiquement.
Avant l’ennemi était connu de tous. C’était Ben Ali. Maintenant,   l’ennemi se cache sous diverses formes, endosse différents habits, il est camouflé.
L’artiste peut quelque fois ressentir de la peur, mais il ne se laisse pas intimider aussi facilement. Je me souviens notamment de la pièce «  Tawassine »et de sa représentation au théâtre du Bardo. La réaction de la femme de ménage à la vue d’une croix qu’on avait disposée au milieu de la scène a crispé tous les acteurs présents.
« Mais si jamais les salafistes  voient cette croix, c’en est fini de nous ». Déplorable. Et force est de reconnaître que le risque d’un retour en arrière est bel et bien réel. Bon, je vois mal les autorités interdire Facebook qui est devenu pour de nombreuses personnes, y compris moi, un véritable outil de travail, d’échanges et de rencontres. Mais le risque est bien réel.


Propos recueillis par M.Waley Eddine
Publié jeudi 06/09/2012- Journal le Quotidien – Tunisie


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