mercredi 22 mai 2013



Danse contemporaine
Rochdi Belgasmi

«  L’Artiste Tunisien n’en finit pas de s’autocensurer »


Les passionnés de danse contemporaine vont enfin pouvoir en apprendre davantage et se mettre à la pratique. C’est Rochdi Belgasmi qui guidera leurs pas.

© Wassim Zaghdane 
 L’un des meilleurs danseurs que compte le pays dispense enfin des cours. Il était bien temps. C’est une occasion  unique qui s’offre aux passionnés comme aux curieux d’apprendre les rouages de cette discipline, de ce langage, de cet art à part entier qui compte des adeptes à travers  le monde depuis la nuit des temps.
Formé à l’ISAD (Institut Supérieur d’Art Dramatique à Tunis). Rochdi Belgasmi est une figure de proue de la danse contemporaine mais aussi de la danse facture dite classique et traditionnelle. Formé au théâtre, il compte également au nombre des premiers marionnettistes académistes tunisiens.
Il a déployé ses talents lors de manifestations culturelles un peu partout dans le monde.
En France notamment, mais aussi en Grèce, en Espagne, au Maroc, en Palestine, au Qatar …etc. Et joué un rôle prépondérant, si ce n’est le rôle principal dans différents spectacles comme «  Mon corps est mon pays » de Hafiz Dhou et Aicha M’barek, «   Nouveau Matin » de Hatem Derbel et Mohsen Ben Nafisa, le spectacle de marionnettes «  Visages de la médina de Tunis » de Habiba Jendoubi. Et bien sûr «  Khira wu Rochdi » de Malek Sebai.

Rochdi Belgasmi, enseigner la danse est un désir, un rêve qui se concrétise n’est ce pas ?
    
  Oui, tout à fait. J’ai répondu positivement à la proposition faite par l’Institut Supérieur d’Art Dramatique d’y enseigner la danse contemporaine.
Et je tiens ici à marquer la différence qui existe entre danse moderne et danse contemporaine.
La danse modern est née aux Etats-Unis et fait l’apologie du corps, alors que la danse contemporaine vient d’Europe et se préoccupe un peu plus de l’environnement dans lequel elle s’affirme. Pour faire simple, disons que la danse américaine est plus instinctive et la danse européenne est plus cérébrale.
Sachant donc que je suis assez  familier des ateliers de danse, de formation et de recherche, l’institut m’a proposé de venir y enseigner la danse.
Et c’est une expérience réellement enrichissante.
C’est également une autre facette du travail d’artiste.
L’artiste de scène se manifeste habituellement à travers ses créations, son travail n’est ce pas ?
Enseigner s’avère être une étape nécessaire pour mon propre épanouissement. Me projeter dans un cadre plus intimiste et communiquer mes connaissances me permet de méditer sur les concepts qui ont régi cette discipline.
Expérimenter son aspect théâtral notamment. Et bien entendu repousser certaines limites physiques et spirituelles.   

Quels travaux vous ont le plus marqué ?

 «  Mon corps est mon pays » m’a énormément marqué.
Hafiz Dhaou et Aicha Mbarek forment un duo très réussi.
Un duo qui a rencontré un succès important  en France et qui a eu l’idée s’associer 7 Tunisiens et 7 Français pour une production scénique. Une expérience inoubliable qui m’a permis de remettre en doute tout ce que j’avais appris jusqu’à là. J’ai découvert l’importance de la non-danse et du non-mouvement. Des concepts très importants. J’ai également appris de travailler sur les émotions, à casser certaines idées reçues pour en bâtir d’autres.
Mon propre  travail «  Transe ». Et la création « Khira wu Rochdi » avec Khira Oubeidallah à travers laquelle j’ai approfondi mes connaissances en danse traditionnelle.

Quelle place occupe l’artiste dans la Tunisie actuelle ?

C’est un secret de polichinelle, en Tunisie, comme partout dans le monde : Les artistes ont du tout temps constitué un véritable danger. Et pour qui est de certaines affaires en cours, le silence complaisant du ministère de la culture est outrageant et les rapports qu’il entretient avec l’artiste et le citoyen deviennent de plus en plus conflictuels.
Et maintenant, plus que jamais, l’artiste tunisien s’autocensure automatiquement.
Avant l’ennemi était connu de tous. C’était Ben Ali. Maintenant,   l’ennemi se cache sous diverses formes, endosse différents habits, il est camouflé.
L’artiste peut quelque fois ressentir de la peur, mais il ne se laisse pas intimider aussi facilement. Je me souviens notamment de la pièce «  Tawassine »et de sa représentation au théâtre du Bardo. La réaction de la femme de ménage à la vue d’une croix qu’on avait disposée au milieu de la scène a crispé tous les acteurs présents.
« Mais si jamais les salafistes  voient cette croix, c’en est fini de nous ». Déplorable. Et force est de reconnaître que le risque d’un retour en arrière est bel et bien réel. Bon, je vois mal les autorités interdire Facebook qui est devenu pour de nombreuses personnes, y compris moi, un véritable outil de travail, d’échanges et de rencontres. Mais le risque est bien réel.


Propos recueillis par M.Waley Eddine
Publié jeudi 06/09/2012- Journal le Quotidien – Tunisie


vendredi 29 mars 2013


Danse : “Transe, corps hanté” de Rochdy Belgasmi
 Le traditionnel à la rescousse du contemporain
© Raja Abdalziz
 Entre vieux chants berbères et danse contemporaine, le chorégraphe Rochdy Belgasmi semble avoir trouvé la “diagonale du fou”. Car il fallait bien le trouver ce filon, presque incertain, entre ces deux univers, pour pouvoir construire une chorégraphie convaincante et, pourquoi pas, “séduisante”. Le spectacle porte le nom de “Transes, corps hanté” et sera présent au Forum Euroméditerranéen de Toulon.
Rochdy Belgasmi, artiste chorégraphique, danseur professionnel et  professeur de danse-théâtre à l’Institut supérieur d’art dramatique de Tunis (ISAD), a déjà présenté sa chorégraphie “Transes, corps hanté”  dans plusieurs pays : Palestine, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Maroc..., mais pas en Europe. Ce sera chose faite puisque le spectacle sera présent au Forum euroméditerranéen qui se tiendra à Toulon du 21 au 23 mars à Toulon. L’occasion s’est présentée à nous pour assister à une répétition et découvrir ce travail.
“Transes, corps hanté” est un solo de danse contemporaine qui s’inspire dans son écriture de nos danses populaires. Tout au long du spectacle, on ne voit qu’un seul corps qui “dit, en une syntaxe polymorphe  et très colorée,  quelque chose de très particulier, qui essaye de transmettre  une idée ou une sensation plutôt qu’un discours”, souligne Belgasmi.
D’accord, mais est-ce tout ? Non, car nous avons trouvé que l’originalité de ce spectacle tient aussi dans sa bande sonore, culturellement très marquée, et dans l’habileté de la chorégraphie qui construit une articulation sur le thème en question. Notons que la bande-annonce est le fruit de vrais  enregistrements sonores avec des femmes, des hommes et des troupes de chants populaires du Kef, de Kasserine et de Siliana, montés par le chorégraphe lui-même.
“L’idée est née d’un travail que j’ai fait autour de la danse traditionnelle en Tunisie, d’une rencontre avec un mythe de ce genre, Khira Oubeïdallah, ex-danseuse vedette de la Troupe nationale des Arts populaires. J’ai monté Transes pour parler des origines de ces danses en Tunisie, avec un travail de stylisation de forme, dans le sens de les intégrer à la danse contemporaine, tout en utilisant ces expressions libres et spontanées qu’on voit dans nos différentes fêtes et qui racontent l’histoire du pays”, précise le chorégraphe.
Mais que chantent ces voix de femmes et d’hommes qui jalonnent tout le spectacle, en le soulignant, parfois, par des soupirs et des halètements ? Tout simplement la vie et la mort. Elles créent un rapport insolite avec le danseur, très généreux en mouvements stylisés, mais qui garde toujours une empreinte identitaire tunisienne. “La danse contemporaine s’est débarrassée de la forme et des limites culturelles. Transes est cette rencontre entre un corps culturel qui a une mémoire archéologique et une idée de ne pas danser, mais plutôt de réagir”, dit encore Rochdy Belgasmi. Réagir contre quoi ? Contre l’oubli et, en tout cas, contre la perdition de tout un patrimoine en déliquescence.
“La Tunisie a perdu une partie de sa mémoire, contrairement à l’Algérie ou au Maroc qui ont pu conserver leur patrimoine musical berbère. Les traces qui persistent jusqu’à présent sont des musiques berbères, accompagnées de chants en langue arabe et parfois en chilha, “langue berbère”, comme le Rakrouki, le Nammouchi, le Jandoubi, Liheleylia, Targ Essid, Targ Essalhi, etc. Ce qui est particulier en Tunisie, ce sont les rythmes et non pas les chants: Allegi, Djerbi, Saâdaoui, Fazzeni et toutes les formes du Rboukh des ouvriers, Bougui Bougui, Mdawar et limrabaâ, etc. Voilà le vrai patrimoine musical sur lequel je tente de monter mes spectacles”.
Auteur : Salem TRABELSI
Publié 16-03-2013 – Journal La Presse - Tunisie

samedi 20 octobre 2012




 Vendredi 28 septembre 2012 

Rochdi Belgasmi. Danseur chorégraphique et marionnettiste tunisien
Les danseurs sont toujours mal vus dans la société arabo-musulmane 
Rochdi Belgasmi. Danseur chorégraphique et marionnettiste tunisien
Les danseurs sont toujours mal vus dans la société arabo-musulmane
La danse est pour Rochdi Belgasmi ce que la poésie est pour Abou El Kacem Chebbi. Son art, une nécessité pour revendiquer sa liberté de créer, le danseur tunisien fait bouger son corps sur les scènes du monde.

Photo du spectacle chorégraphique Khira wu Rochdi de Malek Sebai 

- La danse est votre univers, pourtant vous y êtes venu par le théâtre. Parlez-nous de ce parcours.
J’ai eu un diplôme dans les arts du spectacle du théâtre qui m’a permis d’avoir une carte professionnelle. Parallèlement à cette formation académique et puisque j’étais à Tunis, j’en ai profité pour me former en danse classique dans des écoles privées, comme l’IKAA d’Anne-Marie Sallemi et l’école de danse classique au centre russe. Ces écoles ne donnent pas des diplômes et ne forment pas des danseurs professionnels. Cedi dit, c’était une formation assez intéressante pour moi. J’ai fait ainsi plusieurs stages de danse en Tunisie et à l’étranger. L’Institut supérieur d’art dramatique (ISAD) m’a permis de faire des stages puisque j’étais major de ma promotion. Cette formation multidisciplinaire entre danse et théâtre m’a permis de tracer un avenir de danseur-interprète unique en son genre, qui tient à avoir sa place et à marquer son temps !
- Votre corps est le porte-parole de cette génération de créateurs tunisiens ; pensez-vous que la révolution a boosté l’énergie créatrice en Tunisie ?
Oui, absolument ! Le jeune artiste tunisien n’a pas eu sa chance avant la chute de Ben Ali. Beaucoup de jeunes artistes ont soit cédé, ou ont quitté la Tunisie, en cherchant d’autres opportunités à l’étranger. Il y a une minorité qui est restée pour résister. Je fais partie de cette minorité, peut-être parce que je n’avais pas le choix. Dans tous les cas, je trouve que la chute de Ben Ali et la révolution m’ont beaucoup aidé à tracer mon chemin et à trouver ma place. Cette révolution nous a donné une nouvelle énergie créatrice. On parle aujourd’hui d’artistes post-révolutionnaires comme Emel Mathlouthi, Bendir Man et même… Rochdi Belgasmi. Oui, je fais partie de cette génération qui a eu sa chance après la révolution. Donc, un grand merci au peuple tunisien qui nous a donné cette chance de pouvoir créer librement.
- Vous dansez dans un contexte politique très difficile. Craignez-vous que cette montée de violence interrompe votre ascension artistique ?
La Tunisie s’est débarrassée d’une dictature qui a régné durant 23 ans. Aujourd’hui, les choses ont bien changé. Nous sommes dans un face-à-face, dans un rapport direct avec la censure. Cette censure paraît très dangereuse. Je fais partie des artistes qui ont été agressés par les salafistes, à cause de mon métier de danseur. Cette montée violente des intégristes et des salafistes et ce silence de la part du gouvernement me paraissent très dangereux. Je peux dire que l’art et les artistes en Tunisie sont en danger. C’est pour cette raison qu’on parle, aujourd’hui, de l’art de la résistance et des arts de la rue. Il faut occuper les espaces publics. Et c’est avec ça que nous aurons la possibilité d’entrer dans un rapport direct avec le public et faire passer nos craintes à travers nos différentes expressions artistiques.
- Danseur, mais aussi chorégraphe, quelle est votre démarche artistique par rapport à la danse ? La danse populaire a-t-elle un avenir dans votre univers ?
L’art, sous toutes ses formes, ne doit pas être cloîtré, isolé et séparé de la réalité. Il faut interroger ce qui est prioritaire, interroger une citoyenneté artistique, sortir dans les espaces publics. Mon rapport à la danse a complètement changé et de nouvelles perspectives se sont dessinées. La danse pour moi doit interroger le paysage culturel tunisien, et cela justifie mon retour vers les formes d’art populaire. Je crois tout simplement qu’il y a une conscience d’espace et de temps. Notre culture est en danger. Je ne trouve aucune raison de rompre avec tout ce qui est ancestral et de ramener de nouvelles formes d’art qui n’ont aucun rapport avec notre culture africaine, arabe et musulmane. Et c’est dans ce sens que ma démarche artistique essaie de donner un nouveau souffle à la danse traditionnelle. J’essaie toujours de trouver l’essence de cette danse. Je ne rentre pas dans la forme, mais beaucoup plus dans l’émotion. C’est-à-dire travailler sur les rythmes, l’énergie et les codes de la danse traditionnelle. Malheureusement, cette danse est présentée actuellement pour un public composé de touristes. Elle est devenue une forme de folklore, au mauvais sens du terme, qu’une vraie danse traditionnelle qui a toujours existé dans les régions rurales. J’ai eu l’idée de travailler sur certains tableaux de danses de nos régions, afin de leur redonner leur identité artistique.
- Il est rare de voir des spectacles aussi construits. Vous y mêlez même d’autres formes d’art, comme les marionnettes.
Je suis artiste polyvalent. Je suis danseur, acteur et marionnettiste. Cette polyvalence me permet de mélanger les formes et de faire un métissage artistique. J’essaye de trouver mon équilibre dans tout ça. Chaque forme émerge quand elle peut et quand elle veut. Je travaille avec mon corps et mes marionnettes avec le leur. Je suis dans une approche «plastico-organique», qui me permet de faire des ouvertures et d’enrichir la matière du spectacle.
- Vous dites : «Danser, c’est avant tout rappeler qu’on est biologiquement et existentiellement vivant.» Sans la danse, comment envisagiez-vous l’avenir ?
C’est une existence biologique pour moi, c’est-à-dire une existence physique avant d’être métaphysique. Je peux également ajouter que ce n’est pas seulement de vivre et d’exister mais de survivre, parce que je suis dans une étape dans laquelle mon corps demande la danse comme il demande la nourriture. Plusieurs fois, je me suis arrêté dans la rue, dans le métro, etc., juste pour danser. C’est une nécessité organique et c’est pour cela que je ne peux envisager ma vie, mon avenir sans la danse. Seule la mort biologique de ce corps m’empêchera de le faire bouger et de le faire danser. Et à cette étape-là, je trouverai une autre forme pour bouger. J’ai fait bouger les âmes des autres, les corps des autres à travers mon corps. Cela me suffit parfois de voir les gens danser. Je reprends la fameuse phrase de Pina Bauch «Danse… danse, sinon nous sommes perdus…».
- Comment est vu le métier de danseur en Tunisie ? Et dans le Monde arabe ?
Le peuple tunisien est un peuple qui aime chanter et danser. Cela fait partie de notre culture africaine et maghrébine. Pour moi, c’est rassurant. Pourtant, la danse en Tunisie est un métier marginalisé. Mais quand on voit les vibrations de la part du public, on en oublie tous les problèmes. Personnellement, je trouve un écho favorable du public pour mon art. Les médias m’aident beaucoup à faire passer mon message. Culturellement, il n’y a aucun problème. Cependant, il y a un problème avec ce Monde arabe auquel nous appartenons ; une mentalité qui veut se débarrasser de la danse et des arts sous leurs différentes formes. Les danseurs et les danseuses sont mal vus dans la société arabo-musulmane et la danse est vue comme symbole de plaisir banni par la conscience religieuse.
- Existe-t-il un statut d’artiste en Tunisie ?
Bien sûr ! Cependant, il n’existe pas de statut pour les danseurs. La danse n’est pas reconnue par l’Etat. Nous n’avons pas de statut. Nous avons un centre de danse fermé, un ballet national liquidé. Nous n’avons pas d’espace pour les répétitions, de travail et de recherche. Et tout cela contrairement aux gens du théâtre ou de la musique, qui ont des espaces, des droits, des subventions. Nous les danseurs, nous n’avons rien et c’est pour ça que la majorité a quitté la Tunisie à la recherche d’un nouveau marché et des vraies opportunités.
- Vous parcourez les festivals du monde entier, quel message laissez-vous sur les scènes internationales ?
Mon seul message est que nous sommes un peuple africain, maghrébin, arabe et musulman, qui a une longue histoire et une culture très riche. Ce peuple a fait sa révolution pour la dignité, pour sa liberté, pour mériter d’être Tunisiens.
Bio express :
Né en 1987, Rochdi Belgasmi est venu à la danse par le théâtre. Il se forme à l’Institut supérieur d’art dramatique à Tunis (ISAD), et fait partie de la première promotion des marionnettistes académiciens tunisiens (major de sa promotion). Après avoir obtenu une licence en théâtre et arts du spectacle, il opte pour une carrière de danseur professionnel avec une formation multidisciplinaire de danse classique, contemporaine et traditionnelle.
Après une série de participation à des festivals nationaux et internationaux, Rochedi Belgacem s’envole pour le Festival de danse contemporaine à Ramallah et prochainement pour une tournée africaine.
Faten Hayed 


Lien: http://www.elwatan.com/culture/les-danseurs-sont-toujours-mal-vus-dans-la-societe-arabo-musulmane-28-09-2012-186876_113.php


mercredi 1 août 2012


 Art et société

Rochdi Belgasmi ou quand la danse moderne tunisienne se ressource
(par Adel Habbassi)

© Mohamed Ben Mustapha


Depuis quinze mois, plusieurs jeunes artistes tunisiens sont en train de nous gratifier d’œuvres et de spectacles qui annoncent un renouvellement du paysage artistique après le tournant historique du 14 janvier 2011. La réputation de certains espoirs de la culture et des arts tunisiens a même atteint l’Europe et quelques pays asiatiques. Les exemples de chanteurs comme Bendir man et Amel Mathlouthi sont des plus notoires. D’autres artistes prennent plus de temps pour émerger. Il s’agit souvent de créateurs dans les domaines de la danse ou des arts plastiques ; arts dont le public est relativement restreint dans les sociétés arabo-musulmanes. Rochdi Belgasmi est de ceux-là. Mais un artiste de sa trempe ne baisse jamais les bras, parce qu’il DANSE, et de quelle manière… ! Je l’ai rencontré lors de la soirée d’ouverture du Festival  international de Boukornine (à 20 km de Tunis). Ce jeune chorégraphe-danseur ne cesse de retenir l’attention du public par l’originalité de ses tableaux chorégraphiques.

Mon corps est mon pays… ouvert sur le monde

Tout est emblématique dans la personnalité et dans le parcours de ce jeune Tunisien. Né en 1987, année où le général Zinelabidine Ben Ali a pris le pouvoir, Rochdi Belgasmi est un exemple vivant de cette génération que l’État-RCD n’a jamais pu embrigader. Ce chorégraphe est venu à la danse par le théâtre. En effet, tout s’est précisé après une formation de marionnettiste à l’Institut Supérieur d’Art Dramatique de Tunis (ISAD). C’est qu’il est, parfois, des vocations plus fortes que les qualifications universitaires. Sa licence de théâtre en poche, Rochdi Belgasmi décide d’entamer une carrière de danseur professionnel, et ce malgré des participations, nationales et internationales, couronnées de succès en tant que marionnettiste. Ce jeune talent aborde la danse dans la diversité de ses formes : classique, moderne, traditionnelle.



(Arrêt sur image de la dernière chorégraphie de Rochdi Belgasmi)
© Ghassen Ben Slama
Très vite, on le retrouve en 2009 à Grenoble, avec des acteurs-danseurs tunisiens et français, dans le cadre d’un spectacle de danse contemporaine portant le titre Mon corps est mon pays. La même année, il a pris part au spectacle d’ouverture du Festival international de Carthage avant d’enchainer, en 2010, comme danseur dans le ballet lyrique Nouveau matin présenté dans le cadre des célébrations de “Doha, capitale de la culture arabe” au Qatar.

(Rochdi Belgasmi en Transe)    © Mohamed Ben Mustapha
En 2012, le jeune artiste tunisien a présenté, avec la grande danseuse populaire Khira Oubeidallah, un spectacle de Malek Sebai, Leyla Tounsya (Nuit tunisienne), à la Scène Nationale de la ferme de Buisson à Paris. Durant ces derniers mois, il présente, partout où il est invité, sa toute première création chorégraphique personnelle. Intitulé Transe, Corps hanté, ce spectacle a déjà fait le tour de plusieurs pays. L’œuvre chorégraphique dont nous parlons a figuré au programme du Festival de danse contemporaine à Ramallah (RCDF 2012 à Al-Kasaba Théâtre-Cinémathèque et au Théâtre national de Jérusalem), ainsi qu’au Festival Méditerranéen du Théâtre NEKOR au Maroc, sans oublier divers festivals qui ont lieu cet été en Tunisie.

Danser régénère le corps, l’esprit et la conscience…

Le premier contact avec le travail chorégraphique de Rochdi Belgasmi procure une sensation de surprise mêlée d’interrogation(s). Dans Transe, corps hanté, l’artiste danse sur une bande son qu’il a, lui-même, soigneusement préparée. Souple et tonique, son corps vibre aux sons de chants qui proviennent des steppes de la Tunisie profonde, terres où s’est levé un vent de liberté qui n’en finit pas de se propager à travers le monde. Les audaces des mélanges de gestes, mouvements, voix, mélodies puisés dans la vie bédouine et les arts populaires avec des pas de danse occidentale accroche le regard et captive les oreilles. Le brassage osé par le chorégraphe est d’une fraîcheur inouïe. Les fusions opérées par les charmes, conjugués, du corps, du mouvement et des milieux qu’ils convoquent recréent l’espace du sujet-dansant et de ses couleurs culturelles. Du reste, le Tunisien n’est-il pas cet être qui a toujours su “danser sur plusieurs pieds” en alliant tradition et modernité ?



(Oui, danser libère le corps et la conscience, souligne l’artiste)
En plaçant le corps au centre du travail de renouvellement artistique qu’il projette Rochdi Belgasmi en fait la métaphore d’un corps social cherchant à se libérer. « Danser, c’est avant tout rappeler qu’on est biologiquement et existentiellement vivant », insistait-il. L’exercice de la danse et sa réception fondent alors un espace où la vitalité permanente de l’individu nous débarrasse des parts caduques du passé. Toutefois, la dynamique de cette création moderne ne sacrifie pas les trésors de l’Histoire. L’artiste touche justement aux profondeurs de notre être parce qu’il parvient à déconstruire l’ancien pour en faire du nouveau.

Pour que nos corps cessent d’être des prisons…

L’approche plurielle de la chorégraphie de Rochdi Belgasmi cherche à donner « un autre souffle à la danse traditionnelle ». Dans l’entretien qu’il m’a accordé, j’ai constaté l’importance qu’il donne au corps comme vecteur de développement culturel : « travailler avec / sur le corps est pour moi fondamental, puisqu’il s’agit encore d’un sujet tabou dans les sociétés arabes », me disait-il. Expression éminemment corporelle, la danse affirme l’individu dans sa singularité mouvante. Notre chorégraphe est persuadé que la spécificité du « gestus », au sens brechtien, inscrit le langage corporel dans diverses situations proches de la vraie vie. La danse mettrait en avant un corps (et une pensée) androgyne qui brouille efficacement les contours des identités sclérosées : mâle, femelle, jeune, vieux, paysan, citadin, blanc, noir. L’énergie qui débloque le corps lui permet de goûter aux plaisirs de la liberté. La délivrance des membres de ce corps (social) est aussi un enjeu citoyen crucial.
(Une invitation à libérer nos corps de plusieurs carapaces, visibles et invisibles)
© Mohamed Ben Mustapha
 Les Tunisien(ne)s qui se révoltent, votent, rédigent leur Constitution et rêvent de démocratie ne sauraient ignorer les appels de ce corps mis en jeu par Rochdi Belgasmi. Il y va de cette liberté chèrement conquise, il y va du projet de société que la Tunisie tient à donner à voir et à vivre au monde arabe comme à tous ceux qui ont partagé la joie, encore incomplète, de sa renaissance.

Lien : http://www.babelmed.net/arte-e-spettacolo/81-tunisia/13099-rochdi-belgasmi-ou-quand-la-danse-contemporairne-tunisienne-se-ressource.html

samedi 16 juin 2012

Transe, Corps hanté! de Rochdi Belgasmi création 2012


Transe, Corps Hanté ! 
Trance, Body Haunted!
      ! تهويله ... جسد مسكون



Création de danse contemporaine (SOLO)
Copyright 2012

Fiche Artistique:


Durée 25 min
Idée originale/ Interprète: Rochdi Belgasmi
Création Lumière : RiadhTouti – SlimMlayeh
Son : Med Arbi Mansouri
Régie : Saif Edine Mahjoub
Réalisation de la Bande son : Rochdi Belgasmi
Autour de la musique traditionnelle Tunisienne,
L'Amoureuse  Houria Aichi
Photos : Bochra Bouneb – Med Chekib Cherif


Synopsis :

Le corps peut être outil, instrument, objet du discours mais aussi expressif et sujet du discours. Ce dernier cas nous invite à passer du mouvement habituel, quotidien, au geste expressif. Le corps est habité. Il s’exprime, parle, crie, rit, pleure, a peur, hésite,... Il communique des sentiments et des idées. Il se transforme et peut devenir tout autre chose que le corps humain.
Transe est un solo de danse contemporaine.
Un spectacle métaphorique qui ‘commence avec des simples mouvements du corps, se développe dans l’espace et dans le temps, atteint une anarchie totale et finit dans le silence... le corps vit des états de transe, devient l'outil de profanation de l'espace : Un corps hanté, bourré d’émotions et d’énergie dans un état second, un corps plein d'histoire, d'une mémoire archéologique.
Rochdi a Choisie une écriture intimiste et subtile pour parler de ses propres souvenirs d’enfance. Son univers est très fragile : Un oued, des chants des femmes, des jeux des enfants  … etc. Toutes ces images forment pour lui  une base de données… un cumul des émotions et des images lui a donné l'envie de danser la vie ...
Rochdi  a travaillé sur la qualité de l’eau… l’eau qui est très puissant, il peut balayer tout sur son passage, il peut éteindre le feu et détruire le fer… pour l’eau, il est difficile d’attendre…
Transe est une recherche de l’immobilité, et  de l’équilibre, et du silence.  Un travail sur la fluidité et la continuité de mouvement, sur la résonance dans l’espace …





عرض راقص معاصر
2012حقوق الطبع والنشر 


:الجذاذة الفنية 


المدة: 25 دق
كوريغرافيا و أداء : رشدي بلقاسمي
إضاءة : رياض التوتي – سليم المليح
صوت : محمد عربي منصوري
موسيقى:  من التراث التونسي ... حورية عيشي
توضيب ركح : سيف الدين محجوب
صور: بشرى بو ناب 


:الموجز


جسد مسكون بصور تعيدنا إلى الماضي البعيد، صور تحضر و تغيب عن الذاكرة، صور كنا نراها بالأبيض و الأسود... عودة إلى المنبت، إلى الأرض،  إلى ما هو ساكن فينا و ما هو متحرك... إلى ما هو قديم قدمنا
جسد ينخرط في حالات من التغريب و الهذيان فيعبر عن حالات الغضب او الفرح او الحزن... مستمدا من الموسيقى عوالمه...موسيقى متأصلة من التراث البدوي الجبلي التونسي  " الطرق الصالحي و النموشي و الجندوبي و الركروكي و غيرها" و جميعها أصوات أمازيغية  تذكرنا بموسم الحصاد وموسم جني الزيتون و نجدها كذلك في احتفالاتنا و أعراسنا   
تهويله عمل فني راقص يحاكي رحلة الذاكرة و إليها ، رحلة بحث في الجذور و المنبت، على ضفاف مجرى وادي مجردة و فروعه 

جسد يحمل تاريخ صاحبه ليرينا ماض حفر في شكل علامات كالوشم و الندوب و غيرها. العرض هو بحث في ذاكرة الجسد عن ما هو أصيل فينا و غوص في معاني الحركة التي تكون في جل الأحيان ثقافية معبره مستمدة من المحيط الاجتماعي  و الثقافي اين ينتمي هذا الجسد... جملة من التعبيرات الجسدية تقدم الجسد في صورة مغايرة عما هو سائد 

.و لكل جسد موسيقاه التي يرقبها ليلج بها الى عوالم مغايرة


Transe au festival méditerranéen  NEKOR à Houceima - Maroc 2012 






Transe au festival méditerranéen  NEKOR  à Houceima - Maroc 2012



Transe au festival de danse contemporaine à Ramallah - Jérusalem 2012 

Transe au festival méditerranéen  NEKOR  à Houceima - Maroc  2012 


Transe au festival méditerranéen  NEKOR à Houceima - Maroc 2012 

Transe au festival de danse contemporaine à Ramallah - Ramallah 2012  

Transe au festival méditerranéen  NEKOR Houceima - Maroc 2012  

Transe au festival méditerranéen  NEKOR  Houceima - Maroc  2012  

Transe au festival de danse contemporaine à Ramallah  -  Ramallah  2012 
Affiche du spectacle 

Métamorphoses vivantes création 2010




Métamorphoses vivantes 
un spectacle de marionnettes pour adulte 


Fiche Artistique: 


Marionnettes et scénographie : Rochdi Belgasmi
Mise en scène: Meriam Dridi - Justyna Sowinska
Jeu et manipulation : Rochdi Belgasmi
Bande Son : Mich
Lumière: Riadh Touti
Durée : 25min
Langue : Langue du Corps
Copyright 2010

Synopsis :


Il s’agit d’un solo de danse eurythmique (harmonieuse) et de jeux des masques-marionnettes, des métamorphoses singulières où l’expression de l’âme remplace l’effort et la technique. Il s’agit aussi d’un univers de carton-pâte et de masques grimaçants inspirés d’un style très macabre et gothique créé par l’artiste allemande Ilka Schönbein et dont le manipulateur ne cherche pas à s’exprimer pour illustrer mais à s’immiscer dans le cœur de l’homme. Rochdi développe le goût du secret. Il dit souvent qu’il aime à monter certains trucs (les changements à vue, la préparation des accessoires et des éléments scéniques…), une préparation à l’office, à la célébration du monde magique. Et c’est sans aucun doute pour mieux nous surprendre, pour nous rejoindre là où nous ne l’attendons pas. Il efface la position du manipulateur pour en devenir l’instrument, le montreur fait corps avec le masque, il parle d’ailleurs de techniques de masque du corps.

Rochdi cherche le fil qui relie l’âme au geste pour dessiner un ensemble symbolique où nous puisons ce qui constitue nos identités. C’est bien d’un monde pluriel dont il nous parle. Il nous renvoie à notre propre altérité et aux multiples composants de notre humanité. Il évoque les problématiques de la sexualité, de l’identité et de la mémoire, il veut créer une science de l’illusion en prenant le rôle de médiateur ou même d’alchimiste. Rochdi se métamorphose à la vue du public majeur, il propose une nouvelle relation de l’acteur à la marionnette.

Son monde est peuplé d’inquiétantes créatures qui portent des masques grimaçants, véritables sculptures en carton-pâte, dont la force expressionniste est puissante. Des créatures qui livrent souvent un combat sans merci, un corps à corps avec leur manipulateur. Des masques-marionnettes naissent et meurent sous nos yeux ébahis. Moitiés de lui-même, ils se confondent avec lui sans jamais totalement le recouvrir. Il faut voir le manipulateur se dédoubler, se démultiplier, se disloquer, s’amputer même de la sorte.

Rochdi s’impose sur le plateau, ose tout sans fausse pudeur mais sans vulgarité, mettant à nu les intimités physiques idéologiques d’une personne.




Métamorphoses vivantes à Grenoble - France 2009  

Métamorphoses vivantes à Grenoble - France 2009

Métamorphoses vivantes à Tunis - Tunisie 2010 

Métamorphoses vivantes à Tunis- Tunisie 2010

Métamorphoses vivantes à Tunis - Tunisie 2010